Sabrina Léger

03/10/2022

Le jeu de la dame

 

La Tourangelle mène de front une carrière de commerçante en prêt-à-porter en centre ville et au sein des plus hautes instances du tennis français. Membre du très restreint « comex » de la Fédération Française de Tennis, elle agit pour que les femmes prennent leur juste place.

 

Par Kamel Ayeb

Il n’y a malheureusement que 24 heures dans une journée… »

 

Sabrina Léger soupire et court après le temps. La quinqua, classée 2/6 à 17 ans, aurait pu se lancer dans une carrière professionnelle.
« Un parcours long, difficile et souvent solitaire, loin de sa famille. Inconcevable pour moi. » Adolescente rebelle avec la scolarité, elle est bien conseillée par ses parents. « Ils m’ont dit : commence par des études courtes et avise ensuite. »

 

Son DUT Techniques de Commercialisation en poche, elle décroche une équivalence en Licence grâce à son niveau de tennis et termine, trois ans plus tard, un DESS Management du Sport à Caen. Après un passage dans une société commerciale qui propose des stages intensifs de tennis, elle est responsable d’exploitation d’une grande enseigne sportive en région Centre.

En 2003, elle est salariée d’un magasin de prêt-à-porter rue des Halles, qu’elle finira par reprendre. « Travailler pour une franchise créée par deux rugbymen professionnels internationaux n’est pas anodin. On a en commun cette fibre pour le sport de haut niveau. » La commerçante développe son affaire en reprenant la gérance d’une seconde boutique puis devient associée d’une troisième située au coeur du « triangle d’or » tourangeau. Pour mener de front cette activité et ses responsabilités dans le tennis, elle compte sur une solide équipe de salariés et un mari conciliant.

Le lifteur tourangeau

 

À la Fédération Française de Tennis, elle côtoie le « lifteur tourangeau », Thierry Tulasne, entraîneur national jusqu’en septembre dernier et titulaire en 1980 – il a alors 17 ans lui aussi – du titre de champion du monde junior. « Quand j’étais présidente du Tennis Club Jocondien, son fils Thomas était venu passer son diplôme d’état. » Au TCJ, elle participe à l’organisation du plus grand tournoi féminin de la région (Engie Open de Touraine), inscrit au calendrier de la Fédération Internationale de Tennis. Lors de cet événement, en 2020, elle est sollicitée par l’ex international de tennis, Gilles Moretton, qui cherchait à bâtir une liste candidate à la tête de la Fédération Française de Tennis. « Elle fait un boulot remarquable et se rend disponible malgré son activité, dit aujourd’hui le nouveau président de la FFT. Elle connaît parfaitement le tennis, elle adore le jeu. » Licenciée à l’ATGT, elle trouve encore le temps

« Dans les clubs de tennis, les hommes seront toujours préférés aux femmes pour le poste de directeur sportif. »

de pratiquer à la Vallée du Cher pour assouvir sa passion de la balle jaune. À la « fédé », elle est vice-présidente référente pour l’enseignement, la formation, l’innovation et la culture. Parmi les chantiers majeurs : Roland-Garros. « On a la chance d’avoir une étape du Grand Chelem et un patrimoine exceptionnel. » Depuis juillet, le grand public peut d’ailleurs se rendre dans les mythiques vestiaires en bois et découvrir les coulisses du stade grâce aux visites guidées (réservation sur cultival.fr). Autre cheval de bataille : la place des femmes. Sabrina Léger préside la « commission de féminisation des enseignants ». Elle a souhaité y associer son ancienne professeure de tennis, Perrine Dupuy, ex n°5 française. « On peine à recruter des enseignants, le métier est soumis à des  contraintes horaires fortes et est moins valorisé. Les femmes doivent y prendre toute leur place car elles sont mieux organisées, mieux structurées. »

L’ex-joueuse professionnelle devenue ministre

 

L’auteur de ces lignes, peu au fait des us et coutumes tennistiques, tente de monter au filet : le tennis n’est-il pas un sport féminisé ? Un passingshot bien servi le renvoie en fond de court : « Non ! On compte 70 % de d’hommes et 30 % de femmes licenciés et on sait très bien que, dans les clubs, les hommes seront toujours préférés pour le poste de directeur sportif. » Elle salue à ce titre le parcours d’Amélie Oudéa-Castera, ancienne joueuse professionnelle, nommée directrice générale de la FFT par Gilles Moretton, avant de devenir en mai 2022 ministre des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques dans le gouvernement d’Élisabeth Borne. « Elle a fait un incroyable boulot pour que le tennis soit l’un des premiers sports à sortir des contraintes sanitaires. » La discipline s’est-elle débarrassée de son image élitiste ? « On ne peut plus parler de « sport élitiste » car nous sommes l’un des sports dont la licence est la moins chère – 32 € pour un adulte–sachant que 3 € sont reversés aux clubs. » Le tennis s’ouvre aussi aux nouvelles pratiques telles le padel, qui mêle tennis et squash. « C’est un sport accessible, très populaire en Espagne, en Italie ou en Suède mais qui peine à s’implanter en France. L’idée, c’est de créer une aire de jeux par département. Sur la surface d’un terrain de tennis, on peut mettre deux terrains de padel. » L’activité laisse une grande place aux joueuses y compris dans les équipes mixtes.