Kaboul-Tours : aller simple ?

22/12/2021

Sharif Amiry

Sharif Amiry

Sharif Amiry ©Patrick Château

Sharif Amiry a fui l’Afghanistan, la menace des talibans et sa vie de reporter TV pour trouver refuge à Tours avec son épouse et ses enfants.

 

Samedi 18 décembre, 11 h. La cérémonie des parrainages républicains organisée par la Ville de Tours à l’occasion de la journée internationale des migrant-e-s vient de prendre fin. Sharif Amiry et Nicole Chavignot, son interprète bénévole, semblent flotter dans la salle des fêtes désertée. Tout un symbole que cet homme autrefois star de l’information dans son pays, l’Afghanistan, et aujourd’hui seul ou presque en terre inconnue.

 

Derrière lui, vingt ans de carrière comme journaliste à Tolo TV, la plus grande chaîne afghane, et aujourd’hui, plus rien. Lui qui ne pouvait pas faire un pas dans la rue sans être reconnu, a désormais pour seul compagnon son anonymat, et toute une vie à reconstruire. Sharif Amiry, 34 ans, a fui son pays le 21 août 2021 avec son épouse et leurs deux enfants. Ils sont arrivés à Tours avec le statut de réfugiés le 9 septembre. Deux mois plus tard, leur 3e enfant y voyait le jour.

Quatre jours et trois nuits avant leur départ de l’aéroport de Kaboul, la peur d’être reconnu et tué par les talibans, la pression de cette foule immortalisée sur tous les écrans du monde, ont été de chaque instant. « Jusque-là nous n’avions jamais connu ça, notre vie était très facile… », précise Sharif. C’est à pied, avec sa femme proche du terme qu’ils ont terminé leur lent périple. Enfin, ils ont fini par se rapprocher du pont permettant d’accéder au tarmac.

 

Mais là encore, la foule, trop compacte, leur interdit le passage. C’est donc avec son épouse accrochée à ses épaules qu’il traverse un canal proche et fini par être hissé par-dessus l’enceinte avec l’aide de militaires français. Quelques temps plus tôt, les services de l’ambassade de France lui avaient fourni un code à présenter aux soldats. Sa chance : que l’écrivain franco-afghan, Atiq Rahimi ait envoyé une liste de personnalités en danger aux autorités françaises. « Je ne le connais même pas », avoue Sharif Amiry. Ce dernier aurait pu choisir les USA ou le Canada. Il a préféré la France, « berceau du journalisme ».


Et maintenant ? « Jour et nuit, j’apprends le français », dit-il. Soutenus dans leurs démarches par la Ville de Tours – et elles sont loin d’être simples pour une famille ayant tout à reconstruire – et par des bénévoles comme Nicole, ils avouent avoir une chance dans leur malheur : « voir leurs enfants grandir. » Aussi celle de rester en contact avec leur famille en Afghanistan : « Merci WhatsApp ! ».


« J’irai là où il y aura du travail », précise Sharif. Un travail de journaliste qu’il ne souhaite abandonner pour rien au monde. L’objectif premier pour lui : se créer un réseau et témoigner aussi, auprès des jeunes par exemple. Sa peur, celle qui taraude désormais cet homme autrefois hypermédiatisé : le vide, les journées sans fin. « J’ai peur pour ma santé mentale. »

 

Texte : Patrick Château