Héléna Fournier

18/11/2021

Résistante, Héléna Fournier (1904-1994) est arrêtée en 1942 par la Gestapo. Déportée, elle revient des camps en 1945 et ne cessera jamais de témoigner.

 

Le 4 décembre 2021, la municipalité lui rendra hommage en baptisant une rue à son nom à Tours nord.

 

Son patriotisme naturel devait condamner Héléna à vivre l’horreur de la déportation. Née Pellault à Cussay en 1904, elle épouse Raphaël  Fournier en 1923. Leur fille, Liliane naît trois ans plus tard et la famille s’installe d’abord au 40 rue Jules-Charpentier puis au 98 rue Febvotte, où  le couple tient une épicerie. Héléna entre en contact avec le réseau de résistance Libé-Nord et profite de sa boutique pour en diffuser les  messages, collecter des fonds et des vivres pour les familles de prisonniers et de fusillés.

 

Helena Fournier septembre 1922© Collection Carole Toulousy-Michel

Elle s’hydratait avec de la neige

 

Dénoncée, elle est arrêtée le 29 octobre 1942 par la Gestapo. Héléna est conduite à la prison, rue Henri-Martin, où elle est frappée. Avec 19  Tourangelles, elle est transférée le 7 novembre 1942 au camp allemand de Romainville (Seine-Saint-Denis) puis le 23 janvier 1943 à  Compiègne.

Le lendemain, elle fait partie des 230 femmes entassées dans quatre wagons à bestiaux d’un train - dit « convoi des 31 000 »  partant pour une destination inconnue.

LE CONVOI DES 31 000

 

Héléna Fournier fait partie d’un convoi de 230 femmes, la plupart résistantes, dont 20 Tourangelles déportées en Allemagne le 24 janvier 1943  dans les quatre derniers wagons d’un train qui transporte également 1 500 hommes. Le convoi se sépare en Allemagne : les hommes sont  dirigés vers Sachsenhausen, les femmes vers Auschwitz. Elles sont tatouées avec des numéros allant de 31 625 à 31 854 d’où le nom de «  convoi des 31 000 ». Seules 49 femmes reviendront. Dont Héléna.

De nombreuses déportées jettent des mots griffonnés à la hâte sur le ballast pour  qu’ils parviennent à leurs proches. « Lorsqu’elles sont arrivées dans la neige, il était écrit en allemand sur un grand panneau de bois : "Camp d’anéantissement", raconte Carole Toulousy-Michel, qui a découvert les mémoires de sa grand-mère Héléna dans d’épais cahiers. C’est une  déportée juive belge, chargée de l’interprétariat, qui leur annonce qu’elles sont à Auschwitz-Birkenau, en Pologne ». Les femmes entrent en  chantant la Marseillaise. Par rétorsion, les SS les forcent à se tenir debout dans le froid. « Sans boire et sans manger. Si elles ne restent pas  debout, on les matraque à coups de gourdin jusqu’à leur fendre la tête. Comme chacune le fait pour tenir, Héléna fait fondre dans sa bouche  de la neige tombée sur le dos de la camarade devant elle ». On lui tatoue le numéro 31793 sur le bras gauche et les arrivantes sont  assignées au Block 26, voisin du Block 25, dernière étape avant la chambre à gaz.

Seule survivante des 20 Tourangelles

 

Héléna fait partie de  plusieurs Kommandos pour des travaux à l’extérieur du camp. La dysenterie fait des ravages et elle contracte le typhus en avril 1943. À  bout de forces, elle est affectée au nettoyage au Krankenrevier (sous-camp pour malades qui était un mouroir) grâce à Marie-Claude  Vaillant-Couturier (1912-1996), qui deviendra députée communiste. Elle échappe ainsi aux appels interminables et aux Kommandos. Un an  plus tard, en juin 1944, elle est assignée à la retouche des vêtements déposés à terre par les juifs avant d’entrer en chambre à gaz. Les Alliés  viennent de débarquer en Normandie. Héléna est transférée le 2 août 1944 avec 35 femmes à Ravensbrück au nord de l’Allemagne puis à  Mauthausen (Autriche) le 5 mars 1945. Elle est affectée à déblayer les voies ferrées bombardées par les Américains et à reboucher les trous  d’obus.

 

Le camp libéré, Héléna est évacuée par la Croix-Rouge le 22 avril 1945.

 

Elle arrive à Paris le 1er mai et le lendemain à Tours. Elle  reprend son activité et contacte les familles des 19 Tourangelles décédées dans les camps. Elle ne cessera jamais de témoigner et de  participer aux cérémonies patriotiques avec les anciens déportés (son frère, Constant Pellault et son neveu Paul Fournier, ont connu la  déportation). Elle reçoit l’insigne de Chevalier de la Légion d’Honneur en 1966 puis d’Officier en 1984. Elle est homologuée Caporal dans la  Résistance intérieure française et médaillée du Combattant volontaire de la Résistance.

 

Elle décède à 90 ans à Rochecorbon.

Extrait des memoires d'Héléna Fournier © Collection Carole Toulousy-Michel