Bruno Marmiroli

19/03/2021

© Ville de Tours - Benjamin Dubuis

 

La veine ligérienne

 

Directeur de la Mission Val de Loire, syndicat mixte interrégional qui coordonne les actions de valorisation du patrimoine naturel ligérien, l’architecte-paysagiste Bruno Marmiroli a ce goût du voyage et des rencontres qui donnent sens et relief à sa vie.

 

Rencontre

Par Benoît Piraudeau

 

Bruno Marmiroli en quelques dates :

 

  • 1972 - Naissance à Issy-les-Moulineaux
  • 1997 - Départ pour le Proche-Orient avec un diplôme d’architecte
  • 2000 -Rencontre avec Jean-Paul Pigeat et arrivée en région Centre. Création de l’Atelier
  • 2001 - Paysagiste à Chaumont
  • 2006 - Construction d’un jardin en Nouvelle-Zélande et en 2012 au prieuré de Saint-Cosme
  • 2018 - Prend la direction de la Mission Val de Loire
  • 2021 - Installation de la Mission Val de Loire à Mame

Dans les années 30, l’Italie fasciste poussait à l’exil le grand-père de Bruno Marmiroli. Le Lombard quitta donc Mantoue et la plaine du Pô pour la banlieue sud de Paris, ouvrière et peuplée d’immigrés. Le mosaïste allait recouvrir d’un patchwork de couleurs les murs de sa petite maison, comme obligé de « recoller » un à un les souvenirs éclatés de la Piazza Sordello.Dans la famille, on ne voyage jamais sans garder par-devers soi sa culture, comme l’artisan ses premiers outils. Ainsi, employé chez Renault, le père de Bruno, ébéniste, ne s’est jamais démuni de son rabot, entre autres, pour construire dix ans durant sa « villa » et apprendre à son fils comment les choses se font. À travers lui, Bruno retraçait, pianissimo, une géographie, un patrimoine industriel et l’histoire des techniques, qui architecturaient ses paysages intérieurs.

 

« Le passé industriel d’une région imprime une marque, façonne les hommes, modèle les reliefs », souligne-t-il. Bruno aime cette « épaisseur historique qui fait sens » et que l’homme, parfois, choisit d’araser. Ainsi s’oublie « la mémoire bruyante des luttes sociales du coté de Boulogne-Billancourt, une fois détruit le porche emblématique de la place Marcel-Sembat » ou bien « se ravivent les stigmates d’une métallurgie anémique, réduite dans les vallées vosgiennes à ses scories, qui servent de remblais ».

 

Ces stigmates n’appellent aucune résurrection, mais d’autres évoquent les célébrations à Bethléem des 2 000 ans de la chrétienté pour lesquelles l’architecte-paysagiste, en 1997, fut chargé de créer un jardin en terrasse. « Les astres s’alignaient et mon équipe d’artisans palestiniens et moi-même étions invités à retrouver la Loire en franchissant bien des frontières ». Bruno répondait alors à une offre de collaboration de Jean-Paul Pigeat, fondateur du Festival International des Jardins de Chaumont, « une rencontre déterminante ».

La Loire pastorale

 

Appelé par la suite en Angleterre, au Maroc ou en Nouvelle Zélande, Bruno fera néanmoins souche dans le Val de Loire qui vient de fêter les 20 ans de son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. « La Loire est un splendide corridor de biodiversité, une matrice de réflexion qui contient un potentiel narratif incroyable : la protéger est devenu une obligation, martèle-t-il. Elle est menacée et, en maintenant son équilibre, on maintient le nôtre. Un milieu naturel a des capacités de digestion limitées et rompre une harmonie le traumatise : il faut cinq siècles pour qu’il cicatrise ». Tout acte de construction, selon lui, doit être réversible, n’être qu’une présence fine et discrète et les pontons démontables...

 

De l’île Seguin aux îles de Loire, le petit-fils d’immigré italien saurait lire dans les veines du bois d’un bateau, poussé à l’eau de ses mains, que tout dans sa lignée n’est en rien différent, finalement, de notre rapport au fleuve : c’est l’histoire de destins qui sont liés, comme la Loire à sa berge, dont on voudrait qu’elle soit toujours, comme la fin de l’exil, heureuse et pastorale.