Végétaliser la ville pour y vivre mieux

08/02/2021

Illustration de la place Jean Jaurès © Cabinet d'Architecture Richez Associés

Cette illustration de la place Jean Jaurès suggère une plus grande végétalisation de l'espace public.

Capitale du « Jardin de la France », Tours doit se préparer à lutter contre le réchauffement climatique avec une large campagne de végétalisation et de plantations. Dès maintenant, il est urgent de mettre en place les mesures qui feront de Tours une ville verte, fraîche et agréable à vivre.

Planter des milliers d’arbres et d’arbustes en ville : c’est ce que prévoit le Plan Canopée, qui concrétise l’engagement de l’équipe municipale à faire éclore une « ville des courts chemins ». Une ville à taille humaine, « où l’on peut se déplacer facilement à pied ou à vélo, où l’on n’a pas besoin de prendre sa voiture pour trouver un peu de fraîcheur et de verdure », détaille Betsabée Haas, adjointe au maire déléguée à la Biodiversité et à la Nature en ville.

« La ville des courts chemins », c’est aussi une ville qui garde sa raison d’être, son riche patrimoine bâti historique, en synergie avec son territoire naturel, la Loire et le Cher, ses parcs et jardins.

« À Tours, nous avons la chance d’avoir un patrimoine bâti historique qui fait la fierté de notre ville et que nous devons conserver. Mais nous avons aussi un patrimoine arboré à réinventer, à faire vivre. Il faut changer de paradigme à ce sujet : le minéral met en valeur le végétal, et vice-versa. Ce n’est pas antinomique, au contraire. L’un ne prime pas sur l’autre », poursuit l’élue. La végétalisation représente un enjeu transversal qui touche l’urbanisme, les écoles, les entreprises ou les mobilités, comme par exemple le tracé du tram « qui va impacter quelques arbres que nous nous attacherons à remplacer », annonce Betsabée Haas. « Nous devrons replanter des essences plus méridionales, des espèces plus adaptées à la sécheresse et à la chaleur ».

Le jardin de la Préfecture : un îlot de fraîcheur en plein centre-ville - © Ville de Tours - V. Liorit

Le végétal contre les îlots de chaleur

 

Car les canicules de plus en plus nombreuses rendent urgente la mise en place de solutions pour redonner de l’ombre et de la fraîcheur en ville. « Dans trente ans, Météo France prévoit des canicules de 53 degrés à Tours : la même température que dans la Vallée de la Mort », s’inquiète Betsabée Haas. Les végétaux permettent de réduire la chaleur en créant de l’ombrage, mais aussi via les phénomènes d’absorption et de réflexion des rayons solaires.

Outre une réponse au problème de dérèglement climatique, la création d’espaces boisés favorisera le développement de la biodiversité, la protection des oiseaux (dont certaines espèces sont en voie de disparition) et une meilleure qualité de l’air que nous respirons : en effet, un arbre mature peut capturer jusqu’à 20 kg de particules par an.

Pour mettre sur pied son Plan Canopée, la Ville se base sur une carte de zonage des pics de chaleur. Dans un secteur sauvegardé comme la rue Nationale, l’architecte des bâtiments de France a accepté la demande de la Ville et validé le principe d’augmenter la plantation d’arbres sur le parvis du CCC OD, où la surface végétalisée sera plus que doublée par rapport au projet initial. De la même façon, la revégétalisation du site Mame créera dans quelques années un îlot de fraîcheur salutaire dans cet environnement minéral.

Les citoyens au coeur des projets

 

« Nous ne changerons pas la ville sans l’adhésion des Tourangelles et des Tourangeaux, martèle Betsabée Haas. Sur tous les sujets, nous souhaitons travailler en concertation avec les citoyens ». C’est le cas par exemple place Archambault, où le conseil de quartier de Tours-Saint-Symphorien a imaginé une mini-forêt urbaine à proximité d’un carrefour très passant. Lauréate du budget participatif organisé par le conseil départemental, cette initiative va être soutenue par la municipalité pour que le projet prenne une plus grande ampleur.

 

« Nous devons soutenir ces initiatives, les encourager et favoriser leur développement », poursuit l’élue. « Cela prouve que les citoyens peuvent s’emparer de leur territoire et proposer des choses concrètes via les conseils de quartiers ».

Le collectif "Les Jardinières masquées", place de Strasbourg - © Cyril Chigot

Autre exemple sur le site des écoles Saint-Exupéry et Croix-Pasquier, où un chantier de végétalisation remplacera un espace de jeu bitumé. Il sera élaboré en concertation avec les parents d’élèves et les habitants du quartier afin de l’ouvrir à la population en dehors des horaires de classe. D’autres projets de plantations de mini-forêts urbaines devraient d’ailleurs se concrétiser dans les mois à venir.

Les vignes sur l'île Balzac - © Ville de Tours - V. Liorit

La nature comme lien social

 

La « ville des courts chemins », c’est aussi un moyen de retrouver une harmonie durable, voire heureuse, entre les habitants et leur environnement.

 

C’est le cas par exemple place de Strasbourg avec les Jardinières masquées, ou dans le quartier de la place de la Victoire, où le collectif Victoire en Transition s’est mis au défi de créer des espaces de biodiversité et de partage. Outre l’installation d’un composteur place du Vert Galant, ils ont construit des bacs de jardinage autour desquels ils organisent régulièrement des « apéros-jardins », et mûrissent le projet de créer un verger partagé.

Réengager les citoyens dans l’espace public à travers la végétalisation permet de tisser de nouveaux liens. « Nos projets doivent permettre à tous les habitants de s’engager et d’effectuer un retour vers le vivant, dans tous les quartiers de la ville. Dans six ans, j’espère que notre ville sera plus verte, avec des espaces de repos, des bancs adaptés pour les personnes âgées et des tables de pique-nique, qui permettent à chacun d’être au frais et en contact avec la nature. Je suis convaincue que c’est le végétal qui va recréer du lien... et qui nous sauvera ! », conclut Betsabée Haas.

Projet de végétalisation sur le parvis de Mame © Ville de Tours - P. Herlin