Une ville entre deux eaux

08/02/2021

La Loire en automne © Ville de Tours - V. Liorit

« À travers le tendre feuillage des îles, au fond du tableau, Tours semble, comme Venise, sortir du sein des eaux » décrivait déjà Balzac* en 1842.

 

Traversée d’est en ouest par la Loire et le Cher,la Ville souhaite valoriser ces « infrastructures naturelles », rétablir les continuités écologiques d’un paysage et faire de leurs rives des hauts lieux de contemplation et de sensibilisation à la biodiversité.

 

/ Christopher Sebaoun, conseiller délégué à la Loire et au Cher, à la préservation du patrimoine fluvial et des ressources aquifères et conseiller quartier Tours ouest/

Mieux protéger nos cours d’eau

 

La défense des écosystèmes de nos fleuves urbains s’inscrit dans un projet structurant ambitieux de « trame bleue », auquel est attaché Christopher Sebaoun, conseiller délégué à la Loire et au Cher, à la préservation du patrimoine fluvial et des ressources aquifères. L’une de ses priorités sera de garantir la continuité écologique du fleuve au sens large, c’est-à-dire tout le réseau des ruisseaux aériens ou souterrains qui s’y déversent. En clair, favoriser la bonne circulation de l’eau doit permettre aux écosystèmes de se développer et de se reproduire. En effet, la Loire représente un corridor migratoire pour le saumon, l’anguille, l’alose ou la lamproie, qui remontent son cours pour atteindre les frayères et s’y reproduire.

La Loire © Ville de Tours - V. Liorit

Elle sert également de point d’escale et de lieu de nidification pour les oiseaux migrateurs. Mais si la Loire est encore un fleuve puissant et sauvage, le Cher est une rivière artificialisée « où la continuité écologique est inexistante en raison des barrages et des passes à poissons qui ne jouent pas leur rôle », déplore Christopher Sebaoun. Conséquence : l’eau qui stagne se réchauffe et entraîne la prolifération de la jussie, cette plante aquatique envahissante, et des algues bleues (cyanobactéries). Par ailleurs, l’élu préconise une surveillance accrue des activités industrielles ou agricoles polluantes en amont et l’installation de barrages filtrants aux points de déversement afin d’améliorer la qualité de l’eau rejetée dans les réseaux fluviaux.

Un espace de baignade sur la Loire

 

L’ambition de Christopher Sebaoun est aussi de « ramener la culture de la Loire, dans le corps et dans le cœur des Tourangeaux ». Ce renforcement de l’identité ligérienne pourrait se traduire par une pratique plus respectueuse de la baignade. « Actuellement, les gens se baignent là où c’est tentant, sans se douter du danger que représentent les “culs de grève”, ces trous creusés par les tourbillons recouverts d’un sable gorgé d’eau, plus ou moins instable. Il peut s’effondrer sous nos pas et dans ce cas, le tourbillon nous aspire avant de nous relâcher en surface. En lien avec la Préfecture et la Direction de la Prévention des Risques, nous travaillons pour identifier un périmètre de baignade sécurisé, dont nous sonderons le fond pour vérifier que nous sommes sur une plaque de roche bien stable. Cet espace pourrait être placé sous la surveillance d’un maître-nageur saisonnier équipé d’un bateau de secours ».

 

Si l’endroit est sécurisé pour l’homme, il devra l’être également pour la nature.En effet, les baigneurs posent leurs serviettes sur une belle plage sans penser qu’ils dérangent les sternes, ces oiseaux migrateurs qui se reproduisent sur des îlots de sable et pondent leurs œufs que l’on peut facilement écraser.« Bien évidemment, chaque aménagement sera réalisé en concertation avec les associations de protection de l’environnement, comme Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) ou l’association d’études, de protection et d’aménagement de la nature en Touraine (Sepant) », rassure l’élu. « La Loire est mouvante, elle se métamorphose en permanence et les niches écologiques aussi. Nos aménagements devront tenir compte de cette mouvance : ils devront être structurellement légers et modulables pour s’adapter au rythme de la Loire. C’est ainsi que l’on pourra vivre en harmonie avec notre environnement ».

 

En lien avec ses collègues de la Ville et de la Métropole, Christopher Sebaoun envisage également de revoir l’aménagement des quais de Loire « trop bitumés, avec des revêtements plus poreux comme des sols engazonnés alvéolés pour éviter le ravinement des eaux de pluie vers la Loire. Nous souhaitons également revégétaliser les espaces de la guinguette, préserver des lieux de fleurissement sauvage et créer des espaces de rencontres et de contemplation ». Sur la rive droite, du côté du parc de Sainte Radegonde, un théâtre de verdure pourrait accueillir des événements culturels.

Vue aérienne de la Loire © 4 Vents

Vivre ensemble autour de nos cours d’eau

 

Au-delà de son aspect écologique, notre patrimoine fluvial doit également être un vecteur de cohésion sociale, de solidarité et de citoyenneté. En concertation avec les associations locales, un événement populaire et festif, avec une dimension environnementale pourrait émerger aux abords du Cher, afin de renforcer les liens entre les citadins et leur rivière.

 

Ce rapprochement implique aussi de rendre les rives plus accessibles aux seniors et aux personnes à mobilité réduite et le développement des déplacements doux sur les berges. Sur la rive gauche de la Loire, une agora (duplicable sur le Cher) animée par les citoyens et par l’université populaire pourrait être un lieu d’expression et de débats.

Sensibiliser pour mieux protéger

 

Bien évidemment, chaque projet d’aménagement ou d’événement fera l’objet au préalable d’une consultation des associations de protection de l’environnement et contiendra un volet pédagogique : organisation de sorties accompagnées par des guides naturalistes ou installation de panneaux d’explication sur les rives. « Par sa faune, sa flore, ses couchers de soleil ou son clapotis, l’eau nous offre un spectacle permanent ! s’enthousiasme Christopher Sebaoun. L’émerveillement nous ouvre à l’apprentissage et à la compréhension de notre environnement. Je veux faire en sorte que les Tourangeaux tombent amoureux de nos cours d’eau pour mieux les défendre, les respecter et les protéger ! ».

 

Considérés de tous temps comme des frontières naturelles entre les quartiers, la Loire et le Cher pourraient ainsi devenir des lieux de convergence, des traits d’union fédérateurs entre des Tourangelles et des Tourangeaux conscients de toute la richesse que représente cette eau, source de vie, qui rafraîchit, apaise et sublime notre cité.

* dans La femme de trente ans

Batellerie sur la Loire © Ville de Tours - V. Liorit

Valoriser la marine de Loire

 

Depuis 1996, l’association Boutavant entretient et gère les bateaux traditionnels qui appartiennent à la Ville. Depuis l’an 2000, une équipe de passionnés propose chaque été des promenades sur la Loire afin de faire découvrir notre patrimoine naturel et historique à travers un point de vue différent. Pour l’été 2021, elle envisage d’aménager un abri traditionnel sur le bateau Maine, afin d’accueillir une billetterie, un point de vente de produits locaux et un centre de ressources autour de la Loire avec une librairie spécialisée. De février à juin, le chaland Maine pourrait proposer des excursions au long cours vers Candes-Saint-Martin ou Saumur.

L’association souhaiterait également restructurer son chantier naval situé sur les quais pour y présenter le patrimoine fluvial à des fins pédagogiques. Président de l’association, Jean-Pierre Berton évoque également « l’installation d’un marché flottant sur la Loire en même temps que le marché “Convergences Bio” et le développement de balades fluviales à destination des publics défavorisés ou empêchés, en partenariat avec les associations caritatives de la ville ». Autant d’actions qui s’inscrivent dans la stratégie municipale de valoriser le patrimoine ligérien et de rendre la Loire accessible à tous les publics.