Tours Hier – La rue Nationale

05/02/2021

Rue Nationale en 1985 -© Archives municipales

 

La rue Nationale desserre "l'étau-mobile"

 

 

Le réaménagement de l’artère emblématique est engagé en 1999, non sans difficultés. Il s’agit pourtant de la première pierre d’une refonte en profondeur avant l’avènement du tramway.

Ébauché sous Jean Royer, le réaménagement de la rue Nationale est mis œuvre par Jean Germain pour réserver la circulation aux bus, vélos et piétons dans la partie étroite (de la place Jean-Jaurès au carrefour des rues Émile-Zola et Néricault-Destouches). Une révolution cinquante ans après la disparition du tramway et l’avènement de l’automobile. Le contexte réglementaire oblige en effet l’agglomération naissante à élaborer son Plan de déplacements urbains (PDU) et à surveiller la qualité de l’air. Le centre-ville piéton de La Rochelle est un modèle.

 

À Tours, tous les modes de transport cohabitent sur cette section urbaine de la RN10, qui voit passer 18 900 véhicules chaque jour (comptage de juin 1998). Onze lignes de bus l’empruntent quotidiennement (900 passages pour 37 000 voyageurs aux arrêts) avec une vitesse commerciale qui chute à 10-12 km/h. Les vélos circulent tant bien que mal. Les trottoirs sont trop étroits et les piétons débordent dans les caniveaux, voire sur la chaussée. Pire, le nombre d’accidents est élevé : 42 du 1er janvier 1996 au 1ermai 1998 avec 8 blessés graves, 49 blessés légers et, heureusement, aucun tué. Dans 60 % des cas, un piéton et un deux-roues sont impliqués.

1960, l’époque où l’automobile est reine. © Archives municipales de Tours / Fonds L’Espoir

1996, les sempiternels encombrements. © Archives municipales de Tours / Sitcat

Une semaine test en 1997

 

La municipalité imagine un réaménagement global du centre-ville (notamment l’élargissement de la rue Marceau) pour renforcer l’activité et améliorer l’accessibilité. Les Tourangeaux s’habituent depuis plusieurs années déjà à la fermeture ponctuelle de la circulation (10 & 20 km, braderie, « En ville sans ma voiture », rando-roller...).

 

Un pas supplémentaire est franchi lorsque Jean Germain décide de l’étendre pendant une semaine (du 22 au 29 septembre 1997) et d’en pérenniser le principe dans les deux ans. L’opposition au projet, portée par les commerçants qui craignent une désertion du centre-ville et une fuite de la clientèle vers la périphérie, s’organise. Lettres de réclamations au maire (il recevra aussi des encouragements), appel à référendum, pétitions dans les commerces, abondant courrier des lecteurs dans la presse locale, les échanges sont parfois vifs au conseil municipal.

 

Une concertation se déroule du 9 au 22 juin 1998 avec une exposition à l’Hôtel de Ville et des réunions publiques. Sur le registre qui leur est ouvert, les Tourangeaux s’expriment majoritairement en faveur du projet (57 % des 438 avis).

Rue Nationale en 1999 - © Archives municipales / Image de Marc

Un nouveau centre-ville en septembre 1999

 

Le chantier débute fin 1998 par la place Jean-Jaurès, se poursuit début 1999 rue Nationale et s’accompagne d’un vaste plan de communication et de circulation. Les Tourangeaux découvrent le nouveau centre-ville avant la rentrée scolaire de septembre 1999 et la braderie bat cette année-là tous les records de fréquentation. L’ouverture concomitante de la rocade nord-est entre la RN10 (rond-point des Compagnons d’Emmaüs) et l’échangeur de Sainte Radegonde (A10) facilite le contournement de Tours et vise à diminuer le trafic de transit en centre-ville de 30 % à 40 %.

 

En 2000 et 2001, la municipalité verse un peu plus de 32 000 euros d’indemnités (211 500 francs) à sept commerçants dont le chiffre d’affaires avait été significativement impacté par les travaux. L’aménagement d’une voie réservée aux transports en commun rue Nationale suit le chantier de l’avenue de la Tranchée réalisé en 1997 et de l’avenue de Grammont, au sud du Cher. Les travaux se poursuivront ensuite sur le reste de l’avenue de Grammont. Nous sommes alors une dizaine d’années avant l’arrivée de la première ligne de tramway qui changera durablement l’image de Tours.

Une esthétique soignée

 

Le pavage, choisi en 1999 pour la rue Nationale et la place Jean-Jaurès, ne doit rien au hasard. Le revêtement des trottoirs et la succession des motifs géométriques rappellent le tissage de la soie dont Tours est la capitale à la Renaissance. Le choix du mobilier urbain privilégie les lignes souples et fluides. Le traitement paysager, favorisé par la clémence du climat tourangeau, fait appel à de grands bacs de bougainvilliers, mimosas, palmiers qui sont remplacés l’hiver par des « persistants » taillés tels que les lauriers du Portugal.

Rue nationale - août 2013 © L. De Serres

Illuminations rue Nationale - Noël 2019 © Ville de Tours - V. Liorit