La Bergeonnerie

09/12/2020

Vue aérienne Bergeonnerie © 4 vents

Côté pile, côté face

 

Lorsqu’on évoque le nom du quartier auprès des Tourangeaux, ils peinent parfois à le situer.

 

Membre du Conseil de quartier Bel Air aux côtés de Montjoyeux, des Fontaines, des Deux Lions et des Rives du Cher, la Bergeonnerie est pourtant un quartier calme et boisé, que ses habitants veulent préserver et dynamiser.

Qui dit Bergeonnerie, dit lac.

 

Situé au sud du Cher, le lac de la Bergeonnerie marque en effet la limite nord du quartier du même nom. Bien connu des Tourangeaux, il est le point de ralliement des sportifs du dimanche, des promeneurs et des pêcheurs. Autour du plan d’eau où les canards côtoient les bateaux du Cercle de Voile de Touraine, les coureurs s’en donnent à cœur joie avec une boucle de 2,5 km, idéale pour se préparer aux 10 km de Tours en quelques tours de circuit.

Bords du lac de la Bergeonnerie

Mais les plus curieux des sportifs n’hésitent pas à s’aventurer un peu plus au sud. La passerelle qui enjambe un bras du Cher depuis quelques mois permet en effet de rallier les jardins familiaux, où les badauds profitent de la verdure et des odeurs des potagers, pendant que les jardiniers sont à pied d’œuvre. Ici, on profite du plein air, on cultive son lopin de terre, et avec près de 250 m2 chacun, le frigo se remplit constamment de légumes de saison. « Les jardiniers viennent d’un peu tous les quartiers de la ville, que ce soit du Sanitas, du centre-ville, ou de Montjoyeux et de la Bergonnerie » explique Andrée Verrier, présidente de l’Amicale du Liège.

 

Avec près de 227 parcelles, l’association est l’une des trois qui gèrent les 511 jardins s’étendant entre le lac et la route qui rallie l’extrémité sud de l’avenue Grammont au bas de Joué-lès-Tours. Autour des allées, c’est ainsi un vrai petit village d’irréductibles jardiniers qui vit là au fil des saisons. Rien qu’à l’Amicale du Liège, on propose ainsi 1,4 tonne de plants de pommes de terre, 8 000 plants de tomates et sept tonnes d’engrais chaque année. Et en hiver, comme en été, il n’est pas rare d’y croiser familles et amis, venus déjeuner entre deux coups de binette.

Là-haut...

 

Danielle Citeau fait partie des chanceux qui cultivent leur jardin à deux pas de chez eux. Si on lève le regard une seconde, une série d’immeubles bleus et blancs surplombe en effet le panorama : le cœur de la Bergeonnerie, au-delà du lac et de ses jardins familiaux, se cache à deux pas.

 

À 75 ans, Danielle n’hésite donc pas à parcourir à pied la montée qui la ramène chez elle : « je remonte par le vallon, un bois qui sépare la Bergeonnerie est de la Bergeonnerie ouest. C’est le poumon vert du quartier ! ». Non loin de là, son amie Marie-Thérèse Auger est elle aussi fan inconditionnelle du quartier : « quand on s’installe ici, on n’en part plus ! Le matin, j’ouvre ma fenêtre et je prends le petit-déjeuner face à des écureuils ou des tourterelles. On est au calme, dans la nature, avec quelques commerces à proximité ».

 

Toutes deux font partie de l’association BEBBO (BErgeonnerie Bois Bergeonnerie Ouest), branche de l’historique association sportive L’Ardente. Attachée à ce bois qui fait respirer le quartier, l’association veille au grain sur cet espace vert : nichoirs, cabanes à chat pour les matous errants, nettoyage collectif... Un voisin croisé au hasard de la balade confirme : « nous sommes dans un environnement exceptionnel, il faut l’entretenir et habituer les habitants à en prendre soin ! ».

Danielle Citeau et Marie-Thérèse Auger © Ville de Tours - V. Liorit

Est/ouest

 

Véritable valeur ajoutée de la Bergeonnerie, le vallon en serait-il aussi la limite ? L’espace vert de 1,6 hectare marque en effet la frontière entre « la Bergeo est » et « la Bergeo ouest ». Pas de rideau de fer ni de mur de Berlin pour autant entre ces deux parties d’un même quartier : à l’heure de l’école, les familles venues de l’ouest traversent le bois avec poussettes et cartables pour se rendre en primaire ou en maternelle, côté est. Quel que soit l’âge, on descend et on grimpe donc les escaliers pour rallier l’un ou l’autre côté, ou pour profiter des sentiers boisés qui mènent au City Stade ou au terrain de foot.

 

Antoinette Brière, autre habitante de longue date, membre du conseil de quartier, nous donne les clés pour comprendre les relations est/ouest : « à l’est, on trouve de l’habitat locatif géré par Ligéris, à l’ouest, c’est 50/50 entre locatif et copropriétés. Les familles traversent d’ouest en est pour aller à l’école, à la bibliothèque ou à la boulangerie, et au petit centre commercial. Ou au skatepark pour les jeunes. Et si on veut venir à la maison de quartier avec la ludothèque, ou à L’Ardente, on fait le chemin inverse ».

 

Pour faire le lien entre les deux Bergeonnerie, la PEP37, qui s’occupe de la maison de quartier et de la ludothèque, travaille d’arrache-pied. Marie Guignard, qui accueille chaque mercredi enfants et parents, lance ainsi régulièrement des projets : « après la période de confinement, les gens sont en attente de nos grands barbecues de plein air par exemple, car ils ont besoin de se retrouver. Nous préparons aussi un Noël solidaire, et peut-être la location d’un jardin familial dans les mois qui viennent ». Est, ouest, et même autres quartiers : la ludothèque et la maison de quartier sont ouvertes à tous et toutes, pour favoriser l’échange, l’entraide et la convivialité.

Un renouveau attendu

 

Faire bouger le quartier est la préoccupation de tous les habitants et acteurs associatifs rencontrés sur notre chemin. « Ici c’est un quartier familial, tranquille... Mais un peu trop tranquille côté commerces ! Pour Lionel et moi, reprendre le bar était un vrai défi, car c’était une reconversion professionnelle, mais aussi car ce centre commercial était un peu endormi. Heureusement, ça commence à bouger », raconte Patricia, aux manettes du Chantilly avec son associé depuis déjà trois ans.

 

À côté, Aurélie Durieux a ouvert sa boutique de décoration Gabrielha en novembre dernier, après quatre années à développer son commerce en ligne. « Le côté calme me convient pour me lancer, mais je veux participer à la redynamisation du quartier », confie la jeune maman désormais femme d’affaires. L’ouverture prochaine d’une boucherie, à côté de la pharmacie et du salon de coiffure, pourrait participer à ce nouvel essor. L’arrivée d’une deuxième ligne de tramway est également guettée avec impatience. Actuellement desservie par deux lignes de bus aux tracés parfois longs pour rejoindre le centre-ville de Tours, la Bergeonnerie pourrait ainsi sortir de cet enclavement relatif qui la caractérise. De jardin secret bien gardé, « La Bergeo » deviendrait alors un trésor partagé avec le plus grand nombre, entre bois du vallon, associations, petits commerces et vie de quartier.