Tours rejoint la communauté French Tech

05/07/2019

Thibault-Coulon-©-Ville-de-Tours-V.-Liorit

 

Du 16 au 18 mai, porte de Versailles à Paris, s’était tenue la 3ème édition du salon Viva Technology. La Région Centre Val de Loire et 37 startups de la French Tech Loire Valley étaient présentes sur un espace de 500 m2 orné d’une maquette volante, clin d’œil à Léonard de Vinci, mort il y a 500 ans.

 

Acteur important du numérique en région, la Ville de Tours fut bien représentée, affichant, comme sa partenaire Orléans, un motif de fierté supplémentaire : la « Renaissance » d’une ambition commune après l’obtention du label French Tech le 3 avril dernier.

 

Thibault Coulon, adjoint au Maire de Tours et vice-président de Tours Métropole Val de Loire, fait dorénavant partie du « board » (dix startuppers et trois représentants institutionnels) qui a bataillé pour que le travail de terrain des entrepreneurs locaux et le développement de l’écosystème French Tech Loire Valley soit facilités et finalement reconnus par l’État.

 

Entretien avec Thibault Coulon,
Adjoint au Maire de Tours chargé du développement économique et du numérique
Vice-président de Tours Métropole Val de Loire

 

  • Que s’est-il passé entre votre première tentative d’obtenir le label French Tech et la seconde, couronnée de succès ?
    Il y a quatre ans, nous n’étions pas aussi prêts que cette année, et point très important, nous n’étions pas « métropole », Orléans non plus. Cette métropolisation, le rapprochement de nos deux villes nous a donné de la visibilité et une dynamique en propre. La Région nous a rejoints ; notre écosystème s’est développé et s'est étendu à Blois, Bourges, Châteauroux et Chartres. Dans le même temps nous avons bien sûr montré la pertinence des deux lieux totems que sont Mame à Tours et le Le Lab à Orléans. Nous avions de premières belles histoires à raconter et une dynamique collaborative. Quand Weecop (bracelet de paiement) ramène deux médailles d’or du concours Lépine, quand GéoVélo attire l’attention des Échos pour sa levée de fonds, quand Norsys passe de 3 à 40 personnes en trois ans, et l’on pourrait prendre d’autres exemples, voilà des réussites qui montrent qu’à Tours, l’environnement est favorable aux porteurs de projets innovants. L’émergence de notre marque French Tech Loire Valley a bien fonctionné et le fonds d’investissement public-privé privé-public Loire Valley Invest (pour investir dans l’innovation) a été une première en France. Nous avons rassemblé 21,5 millions d’euros – 30% en provenance des collectivités (régions, métropoles Orléans-Tours) et 70% des milieux industriels et bancaires.

 

  • Ce label est-il contraignant ?
    Il y a un règlement, qui oblige à mettre sur pied un board, c’est-à-dire un système de gouvernance plaçant autour de la table des entreprises ou startups régionales. Celui-ci doit par la suite animer notre communauté et ceci, autour d’axes de développement précis. La French Tech Loire Valley en présente trois : le parcours d’accueil des start-up françaises et étrangères désireuses de s’implanter sur notre territoire ; la création de synergies entre les start-ups, ce qui suppose leur mise en lumière régulière ; l’accompagnement des start-ups prêtes pour l’export. Je précise qu’au sein de ce board, les collectivités sont minoritaires. Nous sommes trois représentants, alors qu’il y a neuf entreprises. Ce label formalise, pour ainsi dire, un passage de témoin du public vers le privé. Nous demeurons des partenaires attentifs et actifs. Au début, nous étions plus présents car seule la puissance publique pouvait investir et fédérer les acteurs pour créer une dynamique de territoire.

 

  • On parle beaucoup de eSport. Doit-on la rattacher à cette dynamique ?
    Il est pleinement intégré. De Jean-Christophe Arnaud, avec la Dreamhack (du 17 au 19 mai prochain au Parc des Expositions) à Steven Kukulski, avec Connectesport.com, Tours dispose d’une belle expertise dans le domaine, qui renforce l’attractivité de notre territoire. Cela ne fait aucun doute. Je pourrais citer aussi Maxnomic ou Solary.

 

  • Pourquoi la filière eSport n’a pas pour point d’ancrage Mame ?
    Parce que Mame n’est pas extensible, parce qu’il n’y a aucune nécessité à tout concentrer en un seul endroit, et enfin parce que ce serait se tromper sur la vocation de Mame. Mame est un accélérateur de projets autant qu’un carrefour d’échanges le plus ouvert possible autour d’une thématique : les nouvelles technologies et les grandes transformations qu’elles impliquent. Si de nouveaux projets doivent arriver, d’autres qui ont concrétisé les leurs doivent prendre leur envol.

 

  • Sur le eSport, Poitiers affirme un statut de capitale. Tours aussi…
    C’est moins une bataille de territoire qu’une bataille de communication. Je n’ai pas de contrôle sur celle de Poitiers. Je me réjouis surtout que la Dreamhack, mondialement connue, ait entériné le choix de Tours comme lieu de son ancrage (événement) en France. Il présente l’intérêt de provoquer un énorme écho radar. Si Solary TV s’est installée à Tours, par exemple, c’est parce que ses fondateurs ont, le temps d’un week-end, quitté Paris pour assister à cette Dreamhack et séduits par l’environnement, la qualité de vie à Tours, ils sont restés chez nous. C’est ce qui fait la différence au final et un bouche-à-oreille très positif. A Paris, ils étouffaient. A Tours, ils respirent, alors que la capitale n’est qu’à une heure en train… Le 16 mai, à la guinguette, nous avons organisé une soirée autour du eSport en Touraine dont la Dreamhack est la magnifique vitrine. Derrière, il y a des entreprises diverses et elles nous intéressent pour développer une filière avec pour partenaire indispensable la Chambre de Commerce et d’Industrie.

 

Mame - API Party - © Ville de Tours - V. Liorit

Dreamhack © Guillaume Le Baube

  • Vous parliez d’accélérateur de projets, évoquant Mame. Pouvez-vous nous en dire plus ?
    Nous avons mis en place des programmes dits d’accélération, tels le Château, généraliste (comment convertir une idée originale en projet économiquement viable), le Smart Tourist Lab, en soutien des créateurs d’expériences touristiques innovantes, le Living Lab qui rapproche les acteurs de la santé autour du bon usage des robots et de l’intelligence artificielle, Pépites qui accompagne les entrepreneurs étudiants ; Empulsion, dans le domaine de l’organisation administrative et enfin, Jump, le petit dernier qui s’intéressent aux projets culturels. Ces différents accélérateurs se complètent et ont contribué déjà à quelques succès.

 

  • Peut-on dire que le plus dur, pour Tours, a été fait ?
    Beaucoup a été fait mais ce n’est que le début. Une nouvelle vague technologique majeure arrive déjà. En 2015, nous étions très branchés mobilité, objets connectés, big data, réseaux sociaux … Les enjeux se sont sérieusement déplacés sur l’intelligence artificielle, la blockchain, et l’informatique quantique. Trois vagues technologiques qui impacteront durablement la manière dont nous vivons. Elles seront plus lourdes de conséquences qu’une appli pour l’Apple Store… Pour affronter ces ruptures techologiques et bien les intégrer en Touraine, il s’agit de mieux connecter le monde de la recherche (nos chercheurs universitaires) et le monde de l'innovation et notamment la French Tech Loire Valley. Et pour cause ! Ils ne répondent pas aux mêmes impératifs de temps, de financement, mais aussi de cultures et de finalités, (rentabilité), mais c'est un enjeu majeur de mieux les connecter.

 

  • Et l’homme de la rue, l’artisan, le petit commerçant, etc., dans tout ça ?
    C’est « LE » grand enjeu, celui de l’inclusion numérique. Plus la transformation digitale progresse, plus il faut accompagner les entreprises et les personnes qui ont un peu plus de mal à monter sur le bateau. Le digital doit être une opportunité pour tous Ce que l’on méconnait et qui submerge semble plus menaçant si on ne l'anticipe pas collectivement.

 

  • « La start-up nation » est très connotée « vainqueurs de la mondialisation », ce peut être un frein, ne pensez-vous pas ?
    Quand vous découvrez à Mame le FunLAB, première entrée dans le monde de la création digitale, vous n’êtes pas dans l’idée qu’on pourrait se faire de « la start-up nation ». Ici, on accueille des élèves de l’École de la Deuxième chance ou n’importe quel curieux impliqué, ou non, dans l’artisanat, le design, la fabrication en circuit-court ou les énergies renouvelables. Maintenant, comment fait-on pour que le numérique soit une opportunité pour le plus grand nombre et non pas quelque chose de subi ? Si aucune proposition concrète n’est faite pour répondre à cette question, alors le risque est de multiplier les fractures dans la société. Par exemple la Wild Code School et le CEFIM proposent des programmes pédagogiques adaptés de quatre mois pour des mises à niveau, de la création de compétences et un travail motivant à la sortie.

 

  • La formation est-elle donc la solution à tous nos maux ?
    Il n’y a pas de solution (projet) miracles, c’est une somme d’initiatives, mais le préalable, c’est la curiosité. Si vous êtes curieux, les portes de Mame seront toujours ouvertes pour vous. Si vous cherchez de la connaissance, des compétences, Mame doit être clairement identifié dans l’esprit de chacun pour en trouver. C’est le lieu où le territoire doit se ressourcer sur les grandes transformations à l’œuvre. Toutes les semaines, il y des événements qui font de cet outil une nouvelle agora, capable d’enclencher une dynamique collaborative puissante, où tout le monde travaille avec tout le monde. Mame incarne ce nécessaire décloisonnement.« Mame est l’endroit où l’on imagine l’avenir dans toutes ses dimensions. »
    Thibault Coulon, adjoint au Maire chargé du numérique, vice-président de Tours Métropole Val de Loire

 

  • N’y mettez-vous pas trop d’utopies ?
    Non, mais beaucoup d'ambition pour notre Métropole, car Mame est la Cité de la Création et de l’Innovation ! En 2014, j’aspirais à ce que les 15 000 m2 de Mame soient occupés par des acteurs de l’économique numérique et certains me disaient « des statups à Tours, s’il en existait, ça se saurait… » Aujourd’hui, on refuse du monde et d'autres lieux, comme le HQ, ont ouvert et marchent très bien. L’équipement a trouvé sa place et celle-ci est singulière, Mame ne ressemble à rien d’autres sur le territoire. Ce n’est pas seulement un lieu économique ou d’innovation, c’est un lieu qui est conçu pour attirer tous ceux que les transformations à l’œuvre intéressent. Si elles inquiètent, c’est le lieu et le moyen de les interroger. Par exemple, nous travaillons avec l’institut Sapiens sur les questions éthiques que pose l’intelligence artificielle. Tout le monde est le bienvenu pour faire avancer la réflexion. Avec le Living Lab, il s’agit de faire dialoguer ensemble les sciences humaines et sociale, les acteurs de la Santé, les patients eux-mêmes dans leur rapport à la machine, au robot. Comme sur d’autres sujets, il s’agit non de refuser l’avenir ni de l’embrasser sans critique ni précaution. Mame est l’endroit où on l’imagine dans toutes ses dimensions et en décloisonnant les approches. Ce pourrait être d’ailleurs sa principale vocation.

 

  • Votre plus grand motif de satisfaction aujourd’hui, quel est-il ?
    En septembre 2014, j’avais organisé avec la Métropole les Assises du Numérique à Tours. Il était important de rassembler les acteurs, d’établir un diagnostic pour établir une stratégie. Cinq ans, c’est le temps qu’il nous aura fallu pour qu’elle porte ses fruits. Nous avons créé nos dispositifs, nos incubateurs, une marque, nous avons été labellisés, nous avons créé un fonds d’investissement, des programmes internationaux, un écosystème s'est développé et l’on peut dire aujourd’hui : « vous pouvez réussir à Tours. Vous avez tout ce qu’il faut. » Auparavant, les projets les plus mûrs partaient pour l’Île de France dans le meilleur des cas et sinon à Londres ou San Francisco. Conséquence : notre appauvrissement et la perte des talents. Pas d’activités nouvelles, c’était moins d'entreprises sur le territoire, une perte de ressources fiscales, moins de nouveaux d’emplois. Aujourd'hui, Tours est reconnue comme une métropole innovante,et c'est un plus grand motif de satisfaction pour toutes celles et ceux qui ont apporté leur énergie et leur talent pour construire cette dynamique.

 

La French Tech Loire Valley
Les grandes dates

 

2012 création de l’association Palo Altours

 

Mars 2014 organisation du 1er startup week-end à Tours

 

Juin 2014 Thibault Coulon demande une étude du secteur du numérique à l’observatoire économique

 

16 Sept 2014 Assises du numérique dans les locaux de ce qui était encore la Communauté d’agglomération (avec restitution de l’étude) et lancement de Tours Tech

 

Janvier 2015 première rencontre entre les élus de Tours et Orléans à Blois

 

Février 2015 première venue d’Olivier Carré et son équipe (et de Philippe Briand) à Mame, suivie d’un déjeuner au Bistrot des Belles Caves

 

27 et 28 mars 2015 Stand Tours Tech à Made In Touraine (avec le monstre en 3D)
Avril – mai Co-construction du dossier de candidature au label Métropole French Tech

 

12 juin 2015 Rencontre des 2 écosystèmes de Tours et Orléans sous la bannière French Tech Loire Valley à Mame puis au Lab’O, en présence d’Axel Lemaire, Secrétaire d’Etat au numérique.
Échec à l’obtention du label Métropole French Tech, mais tous les engagements pris par les 2 Métropoles dans notre dossier commun de candidature seront tenus (investissement dans les lieux Totems, création du 1er Fonds d’investissement public –privé local…)

 

10 juin 2016 Inaugurations simultanées du LAB’O et de MAME

 

Janvier 2017 participation d’une délégation de la French Tech Loire Valley au CES Las Vegas et rencontre avec Emmanuel Macron alors Ministre ;
Création du Fonds d’investissement Loire Valley Invest de 21,5 M€

 

Juin 2017 1er Vivatech sur un stand commun

 

Novembre 2017 1er Web Summit sur un stand commun

 

Mai 2018 4ème DreamHack

 

Novembre 2018 2ème Web Summit

 

Janvier 2019 Human Tech Days organisés par la Région Centre Val de Loire au Palais des Congrès de Tours, en présence de Mounir Majoubi, Secrétaire d’Etat.