Portrait de Régis Wargnier

18/02/2019

« La grande bouffe » tourangelle de Régis Wargnier

 

Le cinéaste Régis Wargnier présidera la 6ème édition du festival Viva il Cinema (du 27 février au 3 mars 2019), rendez-vous cinéphile des amoureux de l’Italie et, plus largement, des gourmands d’un cinéma aussi sensible que généreux.

 

Rencontre avec le cinéaste

Portrait de Regis Wargnier
  • Pourquoi avoir accepté de présider le jury de Viva il Cinema ?

J’aime le festival, les festivals en général, et surtout j’aime voir des films dont je ne sais rien.

 

  • Avez-vous tout de même jeté un œil sur la sélection ?

À peine. C’est tellement rare de découvrir un film sans avoir été informé par la presse, par internet, les bandes annonces, alors que j’aime « entrer » dans un film sans en connaître le thème, le genre, les personnages, les acteurs… Ce dont je suis sûr, c’est que le jury aura beaucoup de travail, avec de très nombreux films à visionner et à digérer en seulement trois jours et demi…

 

  • Hitchcock expliquait à Truffaut que le suspense, c’était de savoir qu’il y a une bombe sous la table, et la surprise, de découvrir qu’il y en avait une au moment où elle explose. Vous préférez donc l’effet de surprise.

Au cinéma, là, j’aime les deux.

 

  • Connaissez-vous, personnellement, les cinéastes italiens invités, Mario Martone, Pupi Avati, Roberto Andò ?

Oui, bien sûr. Je connais certains de leurs films. J’espère surtout que le public, notamment les étudiants, viendront nombreux. C’est toujours délicat pour les organisateurs d’accueillir de telles figures du cinéma sans l’assurance que l’affluence soit à la hauteur de l’intérêt que leur présence suscite.

 

  • Vous-même, à Moëlan, en Bretagne, vous animez un petit festival qui porte un regard sur le cinéma étranger…

Oui, cela se passe dans une petite salle associative. J’ai fait venir en septembre dernier un spécialiste du cinéma russe, qui travaille pour Unifrance, et donc promeut le cinéma français dans les pays de l’Est, voire très à l’est : de la Pologne à la Chine. Et d’ailleurs, j’avais songé, dans ce cadre précis, au cinéma italien. Mais par quel bout le prendre ? Sous l’angle du patrimoine, de la politique, ou des femmes, d’Anna Magnani à Sophia Loren…

 

  • Mais pourquoi ne pas y réfléchir… à Tours dans les années à venir ?

Si je m’investis à Moëlan, c’est parce que j’ai l’envie de donner un coup de main à une structure qu’il faut soutenir, dans une petite ville où, par ailleurs, j’ai une maison. Cela n’a pas la prétention de concurrencer Viva il Cinema.

 

  • Parlant de salle associative, connaissez-vous les cinémas Studio ?

Oui, je suis déjà passé par les Studio, salles d’art et d’essai très connues en France. Et à Tours, j’étais présent l’année dernière, pour une séance de dédicaces et d’échanges autour de mon premier roman (Les Prix d’Excellence, éd. Grasset). C’était à la Boîte à Livres.

 

  • Vous avez fait vos premiers pas au cinéma aux côtés de Chabrol. Vous serez à Tours dans la ville-mère de l’œuvre de Balzac pour célébrer la « renaissance » d’un cinéma italien qui a le goût de la politique. Ce « divin » hasard vous convient-il ?

Je n’y avais pas pensé comme ça… Le plaisir que j’aurais à me retrouver ici tient plus à la géographie, aussi parce qu’aujourd’hui, je consacre beaucoup de temps au service du Conseil économique et social. Je viens de coécrire un rapport sur un thème imposé : « comment tirer mieux parti du potentiel touristique de la France dans un monde hyperconnecté ». Et voyez-vous, la Loire me fascine de plus en plus, il n’y a pas un fleuve en France qui connecte mieux qu'elle les Français à leur Histoire, bien plus que la Seine…

 

  • Balzac, qui décidait il y a 200 ans de devenir écrivain, parlait d’une « histoire d’amour » entre la France et l’Italie, d’« une alliance intime et continue » entre les deux pays. Quel commentaire, eu égard aux tensions politiques actuelles, ce propos balzacien vous inspire-t-il ?

C’est inattendu tout ce qui arrive en Italie, depuis deux ans. Ce sont nos cousins. Par la langue latine, pour commencer, nos deux identités sont fortement liées, mais aussi par les échanges culturels entre nos deux pays jusqu’à l’heure de célébrer les 500 ans de la Renaissance cette année. C’est donc troublant de se voir en fâcherie, de rappeler un ambassadeur, donnant l’impression d’être au bord du conflit, de voir un vice-premier ministre Di Maio, à Montargis… C’est troublant.

 

  • L’Italie connaît, à travers son cinéma, engagé, une renaissance inespérée…

On peut s’en réjouir mais il faut malgré tout la relativiser. Le cinéma italien, de l’après-guerre à Berlusconi, brassait tous les genres, ce qui n’est plus tout à fait le cas : polar, comédie, intellectuel, fantastique, etc. et jusqu’au western. C’était une source cinématographique importante pour ma génération. Aujourd’hui, un cinéaste comme Paolo Virzì est pour moi l’héritier d’un cinéma populaire italien que j’affectionnais particulièrement et qui est bien moins présent, malheureusement, dans nos salles obscures. Viva il Cinema honore un cinéma, mais surtout, il le défend, par goût et par amitié. Ce pourquoi vous me trouverez à Tours.

 

  • Y-a-t-il une influence italienne dans votre œuvre cinématographique ?

Il est impossible de le dire. J’ai d’abord été nourri de films de cinéma de quartier : aventures, mélodrames, comédies musicales, des histoires, sans fixation aucune sur leurs origines nationales. De même, les « maîtres » m’ont intéressé, mais beaucoup plus tard. Auparavant, j’ai mangé, mangé, mangé, du cinéma. C’était ma « grande bouffe » à moi et au menu, oui, bien sûr, il y avait du cinéma italien, parce qu’une fois encore, il était incontournable.

 

  • Gardez-vous quelques souvenirs de films italiens, en particulier, inscrits à votre buffet ?

Je me souviens très bien du Pigeon, qui n’était pas pour mon âge à l’époque, mais enfin, il y avait Claudia Cardinale et puis Vittorio Gassman. Je me souviens aussi du film Été violent, avec Eleonora Rossi Drago et Jean-Louis Trintignant, que je ferai tourner, des années plus tard, dans La femme de ma vie. Encore des femmes, et italiennes, au souvenir de La fille à la valise, avec Claudia Cardinale une fois encore (invitée d’honneur de Viva il Cinema pour sa toute première édition, ndlr)… Je n’avais pas conscience alors de voir des « classiques », ces films italiens me plaisaient, parce qu’en les voyant j’étais ému, tout simplement, et je suis sûr que je le serai encore à Tours entre le 27 février et le 3 mars.

 

  • Quels sont vos projets de cinéma actuellement ?

Là, je suis devant l’ordinateur. Je suis à l’écriture d’un scénario.

 

  • De quoi parle-t-il ?

Je ne sais pas comment définir la thématique et je ne suis pas arrivé à ce stade où, avec précision, je saurais vous dire s’il y aura du suspens ou de la surprise…

 

Visuel du festival Viva Il Cinema

 

En savoir plus sur la programmation :

 

www.viva-il-cinema.com

 

Facebook du Festival Viva il Cinema