Nouvel album de Volo

22/09/2020

© Cyril Chigot

 

« Avec son frère », le nouvel album de Volo, invite à réécouter les cinq précédents (titres en bleu dans le texte ci-dessous), ayant conduit à ce tête-à-tête.

La sortie d’Avec son frère tombait un vendredi 13, mais la chance, en vérité, c’est « que durent les moments doux ». La confession d’un père à sa fille le rappelle sur Joséphine, titre qui s’ajoute à treize autres, fidèles aux « numéros » de tendresse que les Volo jouent depuis 15 ans.

À défaut du pactole, ils touchent du bois (leurs guitares) et la langue de Molière, dont la richesse est gratuite, leur porte bonheur : la litote fredonne la fuite du temps, l’hyperbole « gratte » le monde qui va mais hait toujours, l’oxymore mêle joies et peines de leur « petite famille nombreuse », avec cet art du détail dans lequel le Diable est aussi, et dont l’ironie est allée, cette année, plus vite que leur musique. Ce vendredi 13 était celui de Mars, dieu de la guerre, père de Romulus et Remus, frangins dont l’un finit par tuer l’autre. On y parla de « batailles » (municipales), puis de « guerre ». L’alignement des planètes devenait bien zarbos. Jupiter, sur un air de Volo, transmit d’aller tous nous faire confiner et le plus saturnien de leurs albums passait par pertes et profits.

 

Tournée annulée : des lapins étaient posés aux fans de chanson française avec cette fois une bonne excuse. Chacun se retrouva « sans son frère », repensant au texte de « Je me demande quand » que Frédo avait expurgé de l’allusion à une possible pandémie « pour ne pas alourdir son pessimisme...».

 

Chanson(s) d’automne

 

Nulle « distanciation sociale », la pochette d’album les montre front contre front, tels les deux pans de toit d’une mémoire commune, les yeux clos pour rouvrir les volets d’une enfance cultivée, « campagnarde et heureuse » à Saint-Antoine-du-Rocher : sa rue de la Poste, son lieu-dit Les bonshommes, sa Grotte de la Fée… C’étaient les Jours heureux, nom du programme du Conseil National de la Résistance qui, comme « plein de beaux souvenirs », s’instrumentalisent et se démantèlent « plus vite qu’une multinationale » ; la maison familiale vendue, disons que ce nouvel album « sonne l’heure » du bilan. Plage n°13, Chanson d’Automne embarque « comme par hasard » dans le poème de Verlaine des vers à eux, en clandestins. La France libre, en juin 44, avait subverti elle-aussi « les sanglots longs des violons », codant l’ordre au réseau Ventriloquist de saboter les chemins de fer. Les frères d’âme n’ont pas cette ambition. Néanmoins, ils ventriloquent « depuis le départ » une mélancolie attachée à de longs combats. Jamais ils n’ont affiché en rouge leurs liens de sang avec Joseph Volovitch, dit Jo Volo, figure de la Résistance et fichée « PR » (« présumé révolutionnaire »), mais ils demeurent attachés à ce « grand-père gâteau »,
désintéressé du pouvoir, militant pour « un monde de demain plus juste et plus fraternel ».

 

À présent, « PR » rime avec les pères qu’ils sont aux heures « pleines et creuses » devenus, lesquels s’évertuent, la quarantaine passée, « à se donner du courage », à s’émanciper de la complexité quand elle cherche l’embrouille, à retarder le dessèchement de leurs idéaux comme deux feuilles du même arbre se recroquevillent sous le soleil plombant de leur dernier été. Le leur fut sans concert, et sans rire « la situation est encore floue ». En attendant, osons espérer que demain l’hiver conserve ses blancs manteaux et que, par chance, tout aille à Volo pour se terminer « vitch » et bien.

 

Retrouvez Volo en concert à l’Espace Ligéria (Montlouis-sur-Loire) le 18 décembre 2020.

Volo en quelques dates :

 

  • 1974 et 1976 - Naissances à Tours de Frédéric et Olivier
  • 2002 - Premiers concerts de Volo
  • 2005 - Sortie de « Bien Zarbos », leur premier album
  • 2008 - Premier Olympia à Paris
  • 2020 - Sortie de leur sixième album, « Avec son frère »

© Cyril Chigot