Marine Padilla – Une bouffée d’oxygène

03/06/2020

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Portrait de Marine Padilla

 

Âgée de 24 ans, Marine Padilla est infirmière dans le service de médecine intensive et réanimation de l’hôpital Bretonneau. Elle travaille de nuit. Du crépuscule jusqu’à l’aube, Tours Magazine l’a suivie début avril en pleine crise du coronavirus.

Cavalière depuis qu’elle a dix ans, Marine Padilla n’imaginait pas qu’un tel obstacle à la vie se dresserait si tôt dans la sienne, qu’il prendrait la forme d’un cheval de Troie, virus « heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage » d’un lointain marché de Wuhan aux chambres monitorées de Bretonneau. C’est arrivé.

 

Depuis, la jeune infirmière, « formée à l’imprévisible », enchaîne les nuits, vérifie « le respirateur artificiel, le cathéter périphérique, le scope », rassure les patients qu’on intube, lit sur les visages, les lèvres parfois, qui disent « l’inconfort ou l’angoisse » ; elle tient une main, sourit à des yeux que le Covid-19 désarçonne. Les « casaques blanches », comme Marine, font barrière, injectent leurs médicaments dans le pousse-seringue, résistent à la sinistre cavalcade.

 

Marine Padilla en quelques dates :

 

  • 1995 - Naissance à Chambray-lès-Tours
  • 2004 - Découverte de l’équitation. Début d’une passion
  • 2013 - 1ère année de médecine
  • 2014 - Préparation aux concours d’infirmière
  • 2015 - Entre à l’Institut de Formation en Soins Infirmiers à Rochefort-sur-Mer (Charente-Maritime)
  • 2018 - Intègre le service « Médecine Intensive et Réanimation » du CHU de Tours
  • 2020 - En première ligne contre le Covid-19

Ruée d’espoir

 

On ne fait pas la guerre, « on prend ses responsabilités » ; on ne fait pas le tour du champ de bataille, mais « le tour du patient ». Comme l’oxygène dans les tuyaux, « les petites mains » vont et viennent, en coup de vent sous pression, maîtrisant leur propre saturation, nouant la surblouse d’une collègue, confinant le « sur-blues » au fond de la trachée, quand retentit l’alarme stridente d’un pouls au ralenti.

 

Retourner dans la chambre : la charlotte, le masque, les gants, les lunettes, qu’on ne quitte plus finalement, « ça gratte, ça pique, c’est rouge, la peau est irritée à force d’être lavée ». La fatigue physiologique est redoutée ; la pénurie de matériel, aussi. « En 2016, étudiante infirmière à Rochefort, j’ai durement vécu la mort de ma tante, âgée de 44 ans. Deux ans plus tard, ma nomination dans le service de réanimation où elle s’est éteinte était peut-être un signe du destin. ». En même temps qu’elle intégrait l’équipe du Pr Pierre-François Dequin, Marine rejoignait celle de l’USJ Rugby. Histoire de « première ligne » et de « bloc » solidaire, chaque match, comme « chaque maladie est un défi » dont « on ressort plus fort ».

 

Pragmatique plus qu’héroïque

 

Dans son Voyage de Tours, Ronsard applaudissait aux exploits de Turnus, descendant des antiques Troyens, fondateur présumé de notre ville, mort au combat. Des siècles plus tard, Tours n’est toujours pas tombée, au contraire de Troie, et bien que chaque soir, on loue d’autres héros à sa fenêtre, Marine comme ses collègues n’en tirent gloire. Héroïques ? non. Pragmatiques, oui : « la reconnaissance qui compte, c’est celle du malade au réveil, qui nous "reconnaît", qui tient des propos cohérents ».Il est huit heures du matin, l’infirmière part se coucher. Elle n’est plus sur le qui-vive. Elle songe non pas au cheval d’une tragédie grecque devenue planétaire, mais aux pur-sang qui, sortis de l’écurie avec elle, voudront « ruer dans les brancards ».

 

« Bientôt, se dit la cavalière, cela finira ». La paix doit avoir lieu.

©Marie Chartin