Entretien avec Armelle Gallot-Lavallée

08/09/2020

Armelle Gallot-Lavallée - © B. Piraudeau

Entretien avec

Armelle Gallot-Lavallée

 

Adjointe au Maire déléguée à la transition des mobilités, circulation, sécurité routière et stationnement

 

Par Benoît Piraudeau

 

  • Comment définiriez-vous la charge qui vous incombe aujourd’hui ?

C’est une mission importante : la mise en œuvre d’une vision différente de la ville, partagée, globale, un lieu de vie agréable, où l’on se sent en sécurité, détendue, avec l’envie d’être ensemble. C’est un travail collectif qui engage en ce sens d’autres de mes collègues chargées de l’urbanisme ou de la biodiversité en ville, entre autres.

 

  • La fermeture d’un pont aux voitures est-elle emblématique ?

L’automobiliste en fait un symbole, ce que cette fermeture n’a jamais cherché à être. Du reste, on aurait fermé le pont seul, cela n’aurait eu aucun sens. Ce « franchissement » de la Loire s’inscrit dans un parcours beaucoup plus large, et à terme métropolitain, avec un schéma directeur cohérent. Ce premier parcours, en revanche, veut avoir valeur d’exemple. Il doit être sécurisé et sécurisant, démontrer qu’il est efficace et confortable de pratiquer le vélo, suffisamment même pour encourager l’automobiliste à « franchir » ce cap consistant à « abandonner » sa voiture pour rejoindre le centre-ville, surtout si celui-ci habite à moins de 6 km de là. La réduction sensible de la part modale de la voiture à la fin de ce mandat serait un symbole si nous y parvenons. Nous sommes néanmoins pragmatiques, ni fous, ni doux rêveurs : nous expérimentons avant d’engager tous travaux et donc de l’argent public.

 

  • Parlons-en, des changements créés par ce premier parcours. Rue Buffon, par exemple ?

Supprimer des places de stationnement est toujours un pari risqué. Pour l’heure, rue Buffon, convenons-en, ce n’est pas très beau, ces balisettes, mais tout ceci est transitoire. C’est d’abord sécurisant, ce n’est pas cher et surtout, c’est réversible. Cette voie cyclable connaît déjà un grand succès et quand d’ici à la fin de l’année, la phase d’expérimentation sera terminée, j’ai bon espoir qu’un aménagement pérenne soit voté décidé. Des travaux plus conséquents concerneront l’entrée ou la sortie du pont Wilson, entre le pont et la bibliothèque, plus complexes techniquement.

© Ville de Tours - V. Liorit

 

  • On parle moins de l’axe Tours-Saint-Pierre-des-Corps…

Il est lié aux travaux effectués sur le mail Heurteloup. L’idéal à terme, c’est que les vélos n’y soient pas. Ce n’est pas la vocation du mail que de servir de pistes cyclables où l’on se retrouve à slalomer à 14 km/h entre les piétons. Le mail refait, avec un revêtement plus clair, matérialise dans un premier temps une voie cyclable. Là encore, c’est une étape transitoire. Une ville apaisée doit prévenir les « conflits d’usage » et j’en profite pour le dire, les mobilités, c’est aussi la place laissée aux piétons. L’idéal, à terme, serait que les cyclistes ne circulent pas sur le mail.

 

  • La parole de l’ancien automobiliste devenu cycliste, même occasionnel, vaut-elle plus qu’un discours d’élu pour convaincre ?

Les deux paroles comptent. Si l’on améliore les conditions de circulation des cyclistes, ils seront plus nombreux, et je vous l’accorde, s’ils sont satisfaits, ce sont eux les meilleurs prescripteurs. S’ils sont heureux, ils donneront l’envie à d’autres de l’être à leur tour.

 

  • Pour changer ses habitudes, il faut savoir penser contre soi-même. Pas simple…

C’est sûr. L’autre jour, j’ai entendu un automobiliste me dire qu’ils ne pourraient plus apprécier le pavoisement du pont maintenant qu’il lui est interdit, mais celui-ci ne s’apprécie-t-il pas mieux à pied ou à vélo, ou en tram ?  En vérité, il suffit parfois de changer littéralement de point de vue pour prendre la mesure de la place mentale qu’occupe la voiture dans nos esprits et qui nous empêche d’apprécier un paysage, une atmosphère. Rendez-vous compte que la place redonnée au piéton maintenant que le pont est fermé est équivalente à la moitié de la place de la Victoire. C’est un balcon sur la Loire et celui-ci profite à l’ensemble de la population et aux touristes appréciant, à sa juste mesure, un fleuve et son coteau, classés au patrimoine mondiale de l’humanité.

 

  • Les commerçants ne l’entendent pas de la même oreille, semble-t-il…

Les études montrent qu’un automobiliste dépense beaucoup en une seule fois dans les commerces du centre-ville, mais les vélos et piétons les fréquentent bien plus régulièrement. L’un dans l’autre, ce sont ces derniers qui consomment le plus. Il faut faire converger les points de vue. L’expérimentation sert à cela.

 

  • Les politiques publiques ont longtemps fait la promotion de la voiture, dur de la remiser aujourd’hui ?

Oui, et notez que l’on parle très souvent de « la voiture », même mais pas de celui qui la conduit. C’est très significatif. La machine plutôt que l’humain. Or, la ville est faite pour des gens. En tant qu’élu, qui doit-on servir ? L’humain ou la machine ? C’est une nécessité d’aller vers une ville plus résiliente. Cela se fera en partenariat avec la métropole

© Ville de Tours- V. Liorit

  • Au terme de ce mandat, qu’espérez-vous avoir accompli ?

Collectivement, végétaliser la ville plus qu’elle ne l’est aujourd’hui, en adéquation avec sa réputation de « cité-jardin », réduire la pollution autant les inégalités sociales, en somme, avoir réalisé un mandat vertueux. Sans doute y-a-t-il une part d’illusions, de rêves dans ce programme, elle est nécessaire. Je suis pour autant quelqu’un de pragmatique et d’optimiste : des difficultés et des contradictions, il y en aura, mais je suis prête, pour ma part, à les assumer, comme l’ensemble de cette équipe qui a pour dénominateur commun q le sens de la chose publique et ne nourrit pas d’ambitions personnelles.

 

  • On n’a pas à craindre de se faire « voler » sa place quand on n’a pas d’ambitions politiques, mais en ville, on peut craindre de se faire voler son vélo, non ?

La moitié des vélos se fait voler à domicile, l’autre est le plus souvent lié à des antivols de qualité médiocre, et cela se passe de nuit. Nous réfléchissons à intégrer dans le dispositif d’aide à l’achat de vélo une part réservée à l’acquisition d’antivols de qualité. L’autre alternative pour prévenir le vol, c’est la mise en place de « boîtes à vélos » en lieu et place de places de stationnement. Sur une place réservée à la voiture, on pourrait sécuriser 8 vélos dans l’une de ces « boîtes ». Facilement déplaçables, nous pourrions leur trouver, in fine, si elles sont sous-utilisées, leur trouver de meilleurs emplacements.

 

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