Didier Pilot – Le Doc aux rayons X

17/01/2020

Portrait de Didier Pilot © Cyril Chigot

Didier « Doc » Pilot, figure du rock indé, est devenu, avec son groupe X-Ray Pop, un acteur phare de la scène alternative. Le voici qui brise « le secret médical » sur lui-même entre deux prescriptions musicales forcément tourangelles.

 

Ciel dégagé, étoiles de mai : Didier naît « Taureau ascendant Velpeau » et grandit jusqu’à ses dix ans dans « ce quartier (qui) ressemblait encore à Belleville ». C’est, a posteriori, l’épicentre d’une existence, patchwork d’expériences amoureuses liées comme autrefois commerces, petites cours, impasses et jardinets entre eux.

 

« Mon père, raconte-t-il, bossait chez SKF, ma mère était employée de banque », et lui, aurait pour devoir de « rouler sa bille » dans une vie où un Pascal vaudrait toujours 500 fois moins que le billet du concert mythique de Bob Marley enregistré à Paris en 78 : « j’y étais... ». Bergamote, Febvotte... Le nez dans son thé, Didier se revoit arrimé à cet autre quartier, « nid à futurs musiciens », et filer à douze ans chez Monique Bouvier, disquaire avenue Grammont. Encore éloigné « des années 80 et de la course au blé », il moissonne les références dans l’une des cabines d’écoute. C’est sa « machine à rêver ». Stones, Beatles, Martin Circus, etc. « Avec les copains de Jules Ferry, on prenait soin de ne pas commander les mêmes disques à Noël ». Avec la griffe de Magma autour du cou fabriquée « avec du bois et du plastique », il se trimbale tel un Rahan alternatif, échappé de Pif Gadget pour se nourrir de T. Rex (le groupe rock) : « I was dancing when I was twelve... ». De retour à Velpeau, un demi-siècle plus tard, un reggae des îles vierges infuse sa « tanière du soleil ».

L’aventure X-Ray Pop

 

Musicalement, « tout fut dit entre 1978 et 1982 ». Sorti du post-punk avec PP Nôvo, le musicien underground ose : « la pop est honnie et nous voici, avec X-Ray Pop, chemises à fleurs, piano Casio pour enfant et boîte à rythme Yamaha MR10. ». Dans ce concept surréaliste, « la fée verte » sortie du « bocal » s’appelle Zouka Dzaza. Ensemble, ils accouchent de deux fils et d’une quinzaine d’albums jusqu’en 2002. Françoise Hardy écrit pour eux, les Beastie Boys sont fans, les DJ Red Axes remixent le single La Machine à Rêver (1984).

 

L’aura culte du groupe se balade autour du monde. Doc n’est pas un hommage au chirurgien Alfred Velpeau. Le surnom lui a été donné par Michel Bruneau, batteur punk de Foutre, « parce que ma voix le soignait, prétendait-il. Il est mort d’une overdose en 1980. ». Autre étoile filante du cru : Alan Jack. « Dans sa ferme tourangelle, nombre d’artistes se sont ressourcés, dont Higelin. ». Ni zig, ni zag, ce Doc-ci suit son sillon, pas adepte du « retour vers le futur » pour un sou car pour lui, la nostalgie est « ce boulet, ce tatouage, inconscient qui diminue le plaisir de l’instant ».

 

Féru d’art, affectueux et attachant, Doc soutient « les forces vives de Tours : les Îlots Électroniques, La Smala, ODG, Brigante Records... Cette ville est une page blanche, on peut y écrire sa propre histoire ». C’est l’éditeur Camion Blanc qui lui souffle l’idée d’écrire celle de X-Ray Pop, « pour laisser une trace ». Dans une prochaine vie, assure-t-il, il se contentera de ce « minimum naïf » qui lui colle à l’âme. Le bruit de l’océan pour fond sonore, des « pognes trop grosses » pour la musique, mais promptes, à nouveau, à « saluer l’éternel, près du pays des dieux » (air connu).

Didier Pilot en quelques dates

 

  • 1958 - Naissance à Tours le 10 mai
  • 1976 - Départ à Paris et achat de sa première Fender Strato
  • 1979 - Formation du groupe PP Novo
  • 1981 - Formation de Bocal 5
  • 1984 - X-Ray Pop est créé en duo avec Zouka Dzaza
  • 1986 - La machine à rêver élu single de la semaine en Angleterre
  • 1987 - Sortie aux USA du deuxième album Psychedelic dolls
  • 1997 - Signature chez East West/Warner pour cinq albums à suivre
  • 2016 - La machine à rêver en edit et remix dans les playlists de nombreux DJ internationaux
  • 2019 - Sortie du livre X-Ray Pop 1958-2018, éditions Camion Blanc