Arnaud Lebert tisse sa toile

28/11/2019

Arnaud Lebert © Cyril Chigot

Entretien avec
Arnaud Lebert

 

Depuis un an, Arnaud Lebert insuffle un vent de renouveau sur les Soieries Jean Roze, la dernière manufacture de soie en Touraine, spécialisée dans la fabrication d’étoffes pour ameublement haut de gamme. Un pied dans l’histoire et la tête tournée vers l’avenir, l’entrepreneur fourmille de nouveaux projets, avec l’innovation pour fil d’Ariane.

 

" Quand j’ai vu et entendu ces métiers à tisser, je me suis dit qu’il était impossible de laisser tout cela disparaître ! ". En reprenant la manufacture historique Jean Roze en août 2018, Arnaud Lebert sauve douze salariés de la liquidation, et assure la pérennité d’un savoir-faire d’exception transmis depuis douze générations.

Arnaud Lebert en quelques dates :

 

  • 1968 - Naissance le 1er octobre dans le Loir-et-Cher (le jour de la première publicité télévisée en France)
  • 1991 - Agence Young & Rubicam
  • 1993 - Directeur général puis Président de la société Trade Connection (36.15 jetrouve)
  • 2003 - Président d’un club de football et création d’un centre de formation en Afrique
  • 2011 - Directeur d’Imagineering World
  • 2016 - Directeur Général de La Ressourceraie
  • 2018 - Président directeur général de Roze

« La force de l’entreprise, ce sont ses 360 ans d’histoire. Je dois être digne de cet héritage ! ».

 

À 51 ans, Arnaud Lebert a l’étoffe pour dépoussiérer et remettre en marche l’entreprise familiale de Saint-Avertin, dirigée depuis 30 ans par Antoinette Roze. Son parcours entrepreneurial « parsemé de belles rencontres » dans le milieu sportif en France et en Afrique l’amène à mettre son expertise en finances et marketing au service d’entreprises en difficulté.

 

« On a commencé par tout ranger, étiqueter les bobines de fils, les stocks de tissus et améliorer les process de production » détaille le chef d’entreprise, qui peut s’enorgueillir d’avoir doublé le chiffre d’affaires en un an. Mais sa plus grande satisfaction est d’avoir redonné le sourire à son équipe et « que chacun soit fier de travailler dans une entreprise née sous Louis XIV ».

 

Pour faire de Roze « une marque reconnue mondialement dans la décoration d’intérieur », Arnaud Lebert recrute les « bonnes personnes qui accompagneront cette ambition » et actionne son réseau. Le développement de l’entreprise passe par la diversification des débouchés sur des marchés de niche (comme des tapis de selle d’équitation en pure soie qui pourraient séduire les adeptes du polo) et par l’innovation. En lien avec des designers et des chercheurs, l’entrepreneur se passionne pour la valorisation des déchets, comme ces chutes de fils de soie incrustées dans du béton décoratif.

 

« Aujourd’hui, on tisse du lin, du chanvre, et même du métal pour Chanel..., pourquoi pas de la fibre de tomate ? ». Car son autre cheval de bataille, c’est le développement des filières de valorisation des végétaux, à l’instar de l’incubateur de projets « Tomato Lab » issu du conservatoire de la tomate au château de la Bourdaisière. Un concept qu’il rêve de décliner autour d’autres fruits, légumes, fleurs ou plantes et ainsi créer un réseau des conservatoires du végétal en Val de Loire : « dans le Jardin historique de la France, c’est légitime ! ».

 

Convaincu qu’« on ne peut pas raconter de belles histoires sans s’appuyer sur l’Histoire », il plante symboliquement des mûriers (qui permettent l’élevage des vers à soie) au château du Plessis, résidence de Louis XI qui accueillit les premiers soyeux en 1470. Il projette aussi de réinstaller ses ateliers au centre-ville de Tours : « Tours, cité de la Soie, est aussi le berceau du compagnonnage... J’aimerais mettre mon énergie au service d’un écrin valorisant pour les métiers d’art ! ». Fils d’ébéniste, Arnaud Lebert a aussi hérité d’une fibre artisanale qu’il entend bien perpétuer, car « le plus important, c’est que l’histoire continue ! ».