Alexandra Audemard-Verger – Le rouge et le blanc

21/08/2020

©Cyril Chigot

Portrait d’une femme déterminée.

 

Alexandra Audemard-Verger dirige l’équipe tourangelle engagée dans l’évaluation d’un traitement contre le coronavirus.

 

Alexandra Audemard-Verger en quelques dates :

 

  • 1984 - Naissance à Nice
  • 2005 - Faculté de médecine (Paris-Descartes)
  • 2008 - Internat de médecine (CHU Caen). Rencontre avec le Pr Bienvenu. Formation à la prise en charge de pathologie auto-immune
  • 2014 - Thèse de science en immunologie sous la direction du Dr Lucas
  • 2015 & 2017 - Naissances de ses fils, Victor et Octave
  • 2017 - Rencontre du Pr Aouba, expert de l’Anakinra
  • 2019 - Intégration de l’équipe du Pr Maillot en immunologie (CHU Tours)

Il y a des enfants de la balle. Oserait-on dire qu’Alexandra est une enfant du globule ?

 

Sa grand-mère était hématologue à Marseille et sa mère, pharmacien à Nice. Sa fascination pour « le vivant », se dit-on, dut s’enrouler autour de ces figures protectrices, comme la couleuvre autour du Caducée. L’arbre familial porte, de surcroît, d’autres fruits de sciences, dont un grand-père cardiologue. Pourtant « à la maison, convient-elle, nous parlions très peu de biologie ». Son aïeule marseillaise – le docteur Melis – évoque, par son nom, les vertus antivirales d’une plante citronnée, mais rien de plus pointu qu’un coin de table n’arrimera leurs échanges. Puis, sa mère quittera son officine pour louer des bateaux : une ordonnance à « mettre les voiles ».

 

À Paris, en deuxième année de médecine, la future interniste s’intéresse aux maladies auto-immunes, lorsque le système immunitaire se retourne contre l’organisme. Ceci étant, « s’extraire de [son] milieu » n’eut rien d’une « rupture de tolérance » envers les siens. Comme dans Jean de la Lune de Tomi Ungerer, lu à ses enfants, Alexandra aspirait à délivrer de ce qui enferme – des a priori comme de la maladie – telle la roche volcanique, de sa gangue, ce en quoi, côté père, l’entreprise Audemard est spécialiste depuis 1885, l’année où Louis Pasteur sauva de la rage un petit garçon.

Un homme et une femme

 

Apollinaire adolescent se délectait de « sanguins », champignons poussant sous les pins de l’Estérel, et des « odeurs de chair crue » du Vieux Nice. Au même âge, Alexandra a ressenti ce « double tropisme de vouloir porter  assistance aux autres et comprendre pourquoi ceux-là tombent malades ». Si l’homme écrivit L’Hérésiarque et Cie, dénonçant de faux Messies, la femme a lu Hippocrate, prêtant serment au nom d’Apollon, dieu de la  médecine. De la poésie aussi. Depuis, « l’immunologie est devenue ma drogue », confie-t-elle, comme les Alcools furent celles du poète, et si l’un s’en est allé dans le massif des Maures, l’autre irait dans la vallée des « bons  vivants », de Rabelais médecin, du « vin délicieux », rouge ou blanc (comme les globules !), d’Agnès Varda et Jacques Demy qui s’y sont rencontrés et dont la « Nouvelle Vague » renvoie la cinéphile à celle d’un tempétueux virus.

Vertus de l’antagoniste

 

Contre lui, depuis avril, elle tient la barre du projet Anaconda. Son « équipage dévoué, hétéroclite par nécessité, féminin par hasard » étudie les effets d’une molécule dite antagoniste, l’Anakinra, capable peut-être  d’étouffer le chaos inflammatoire du poumon. Saisissant à la volée cette intuition, comme la queue d’une comète, Alexandra file vers sa vérité. Assise en tailleur sur un banc de l’hôpital, comme sur la proue d’un voilier, il lui  arrive d’atterrir, de souffler et, ce jour-là, d’inspirer une question relevant non de la biochimie, mais de l’alchimie : auriez-vous aimé sauver Apollinaire de la grippe espagnole ? « Pas plus lui qu’un autre ». Osons une autre certitude :  l’auteur lunaire des Saltimbanques, dont la tête blessée fut immortalisée enroulée d’un bandage blanc, aurait goûté en de « vergers gourmands » la présence d’une « enfant de la balle », portant tout le feu du midi derrière des lunettes rouges.